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Antiterrorisme: la bataille du renseignement passe désormais par l’Elysée

Antiterrorisme: la bataille du renseignement passe désormais par l’Elysée

Source : http://www.rfi.fr/france/20170607-france-task-force-centre-national-contre-terrorisme-macron

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La présidence française a annoncé ce mercredi matin, le 7 juin, la création d'un Centre national du contre-terrorisme, placé auprès du président de la République. Le nouveau Centre national du contre-terrorisme sera constitué au départ d’une équipe d'une vingtaine de personnes, surtout des analystes, et devra s'assurer de la bonne coordination des agences de renseignements.

Pour l’Elysée, l'idée n'était pas d'empiler les structures : « il n’y aura pas de millefeuille ». Mais le renseignement français se doit d'être dans une posture plus réactive face à la menace terroriste. Le Centre national du contre-terrorisme (CN-CT), sera officiellement rattaché au CNR : la Coordination nationale du renseignement.

Le CNR a ses bureaux, juste à côté de l'Elysée, mais c'est une structure qui a eu du mal à réellement trouver sa place depuis sa création sous Nicolas Sarkozy. A l’origine, l'idée était que le président puisse dialoguer avec les représentants des différentes agences de renseignement. On parlait alors de « point d’entrée » du président vers le Renseignement. C’était avant la vague de terrorisme sur le sol national en 2015.

L’antiterrorisme chez Emmanuel Macron

L’ancien président François Hollande, lui, avait une « ligne directe » avec la DGSE, et son patron Bernard Bajolet, un ami de longue date du chef des armées. Faute de liens interpersonnels forts, dans sa relation avec les services de renseignement, Emmanuel Macron, a préféré renforcer les structures, mais le dossier du terrorisme sera plus que jamais sur son bureau à l’Elysée : le CN-CT sera chargé exclusivement de cette question et rattaché à la présidence.

Politiquement, le patron du centre pourrait même devenir un personnage important, une sorte de « conseillé à la sécurité », alors que le CNR restait jusqu’alors dans l’ombre. Le chef d’état-major particulier (CEMP) du président n’étant pas forcément acteur du renseignement. « Je vous rassure, l’Elysée ne sera pas un centre d’écoute ! » s’amuse un membre de l’équipe présidentielle.

Assurer le pilotage stratégique des services

L’actuel coordonnateur national du renseignement, le préfet Yann Jounot, « va s'en aller », et sera remplacé par un homme passé par le privé, mais qui a une longue expérience du renseignement : Pierre de Bousquet de Florian. Il aura la double casquette du « CNR » et du « CN-CT ». Il a été patron de la DST, le renseignement intérieur français. Sa tâche ne sera peut-être pas facile : « il va devoir s'assurer que les services coopèrent véritablement » fait-on remarquer à l’Elysée.

Cela veut dire mettre de l'huile dans les rouages, mais aussi fixer un cap et le faire respecter. « Les services de renseignement français sont très sollicités et font remonter de très nombreuses informations. Pour le président Macron, leur activité doit faire l’objet d’un pilotage stratégique ».

Un « superviseur » du renseignement

Au plus haut niveau, on assure d’ailleurs que le responsable du CN-CT aura « un droit de regard sur l’activité de services ». Pierre de Bousquet de Florian devra donc endosser le costume de « manager » du renseignement mais n’aura pas la main sur « la conduite opérationnelle des services ».

Choisi pour sa connaissance du milieu du renseignement, il devra gagner la confiance des chefs d’agences, dans un monde où l’on ne partage pas tous ses secrets, surtout les affaires en cours, ou les pistes prometteuses. « Historiquement entre les services, c'est souvent du "donnant-donnant" note un ancien des renseignements (…) les cultures des différentes maisons sont différentes, une culture "police" à la DGSI, une culture "diplo" à la DGSE, tout cela évolue, mais davantage peut encore être fait ».

La création du Centre national du contre-terrorisme coïncide avec le renouvellement des grands chefs d'agences. Pour la Sécurité intérieure, Laurent Nunez, préfet de police de Marseille remplacera le redoutable Patrick Calvar à la DGSI et Bernard Emié, ambassadeur de France en Algérie, succèdera à l’indétrônable Bernard Bajolet à la DGSE, les services d'espionnages français. Les « nouveaux arrivants » seront-ils plus « souples » que leurs prédécesseurs ?

Orienter le président et revoir la posture de sécurité

La menace qui pèse sur la France est qualifiée de « transverse » par l’état-major français, de la Syrie à la France. Autour du CN-CT, il y aura une vingtaine de référents et d'analystes pour fournir au président une information consolidée et une actualisation fine de la menace. Au final, chaque mercredi en Conseil de défense, le président de République devra prendre les « bonnes décisions » en fonction des scénarios et des options proposées.

L'Elysée a annoncé ce mercredi, une révision de la posture de sécurité. En principe l'état d'urgence doit prendre fin le 15 juillet prochain. Le Parlement sera saisi d'un projet de loi, visant à prolonger ces mesures d'exception jusqu'au 1er novembre 2017 au plus tard.

D'ici là, précise-t-on dans l'entourage d'Emmanuel Macron, un autre projet de loi sera débattu, afin de renforcer l'arsenal législatif de lutte contre le terrorisme. En clair : introduire dans le droit commun, certaines dispositions ciblées, permettant de faire face à la menace, comme la possibilité pour les préfets de décider des assignations à résidence, et la poursuite des perquisitions administratives.

Il faudra enfin réfléchir à la manière dont les forces de sécurité doivent être employées sur le territoire national. « Adapter le plan Vigipirate à la menace actuelle », dit l'Elysée. L'opération Sentinelle, qui mobilise 7 000 militaires en permanence en France génère de l'ordre de 200 millions d'euros de surcout par an pour les armées. Certes les soldats sont moins payés que les policiers donc la solution à l'avantage d'être relativement économique, mais les militaires peuvent être appelés à d'autres missions correspondant mieux à leur formation.

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