Aujourd'hui :

ivoireactu ivoireactu ivoireactu ivoireactu

L’artiste Saâdane Afif : «J’ai découvert l’art au Centre Pompidou»

L’artiste Saâdane Afif : «J’ai découvert l’art au Centre Pompidou»

Source : http://www.rfi.fr/culture/20170203-artiste-saadane-afif-decouvert-art-centre-pompidou

Le temps d’un week-end festif, les 4 et 5 février, le Centre Pompidou partage avec son public son 40e anniversaire. A l’occasion, l’artiste Saâdane Afif, 46 ans, né à Vendôme, mais vivant et travaillant actuellement à Berlin, montre « The Fountain Archives ». Avec cette œuvre très particulière, le prix Marcel Duchamp 2009 fête deux anniversaires en même temps : les 40 ans de Beaubourg et le centenaire de « Fontaine », le célèbre urinoir de Marcel Duchamp. Entretien.
 
RFI : Le Centre Pompidou fête ses 40 ans, que signifie cette institution pour vous ?
 
Saâne Afif : J’ai découvert l’art au Centre Pompidou. Quand j’avais 14, 15 ans, je venais ici voir ma tante qui était psychanalyste, en haut de la rue Ménilmontant. Je dormais sur le divan de la psychanalyse et apprenais à prendre le métro tout seul sur la ligne Mairie des Lilas – Châtelet qui s’arrête à Rambuteau. Je suis descendu à Rambuteau tout seul. A l’époque, le Centre Pompidou était complètement ouvert, c’était avant les attentats. Donc, gamin, je rentrais là-dedans et je pouvais accéder à toutes les collections gratuitement. Comme ça, j’ai découvert l’art. Pour moi, c’est ça, le Centre Pompidou, un endroit d’initiation.
 
Aujourd’hui, vous y exposez votre travail, que ressentez-vous ? 
 
C’est un lieu où l’on expose de l’art. Je suis artiste, donc, je suis ravi d’y être. Pour moi, c’est émouvant pour cette question-là, j’y ai découvert l’art et j’y suis maintenant. Cela me fait plaisir.  Il se trouve qu’il y avait cette coïncidence entre les cent ans de Fontaine, œuvre créée en 1917, et puis les 40 ans du Centre Pompidou.
 
Que se cache-t-il derrière le titre The Fountain Archives ?
 
C’est un peu abstrait. Pour faire simple : c’est un projet qui tend à mettre en forme la façon dont on intègre le regard d’une œuvre. Depuis 2008, je collectionne tous les livres dans lesquels je trouve Fontaine comme une récurrence. Pour moi, Fontaine est un outil. Il me permet de faire comprendre ce qui se passe dans l’esprit du regardeur. Évidemment, on ne peut pas voir dans l’esprit des gens, mais chaque livre, chaque page peut être considéré comme un possible regard ou une chose qui se passe dans l’esprit d’un regardeur quand il « fait » le tableau. Comme disait Duchamp : « le regardeur fait le tableau ». Là, on est en train de suivre, on regarde comment une œuvre d’art comme Fontaine se diffuse, comment on construit notre regard à travers des livres et des choses. Cette bibliothèque appartient à Saâdane Afif. Petit à petit, il y a une mutation qui s’opère. Certains de ces pages arrivent, parce que c’est le projet de Saâdane Afif sur lequel on peut voir Fontaine. Donc il y a comme un « mutant », le regard s’élargit et augmente.
 
Exposer Duchamp aujourd’hui, 40 ans après la création du Centre Pompidou, est-ce que cela veut dire que le Centre Pompidou a vieilli ou est-ce l’œuvre de Duchamp qui a rajeuni ?
 
C’est intéressant. Beaucoup d’œuvres d’art sont quasiment mort-nées. Elles deviennent tout de suite totémiques, elles disparaissent dans leur propre poussière. Et puis il y a des œuvres d’art comme celle de Duchamp qui sont absolument fantastiques. Toutes les œuvres d’art sont étrangères quand elles arrivent. La première fois, on les regarde comme des étrangères. Et puis on les intègre, exactement comme on intègre un étranger dans une société. On les intègre petit à petit essayant de les comprendre. L’œuvre de Duchamp reste complètement ouverte au débat et donc elle est encore extrêmement vivante. Fontaine est une œuvre qui ne meurt pas. Il y a toujours ce débat autour de : qui est-elle ? Qu’est-ce qu’elle fait-là ? Qu’est-ce qu’elle fait au milieu de nous ? Pourquoi avons-nous décidé qu’il s’agit d’une œuvre d’art ? Tout ce débat est encore très présent.

 

Tags:

A- A A+