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Barthélémy Toguo: «La célébration de la vie retrouvée après le déluge»

Barthélémy Toguo: «La célébration de la vie retrouvée après le déluge»

Source : http://www.rfi.fr/culture/20160725-barthelemy-toguo-deluge-celebration-vie-retrouvee-carre-saint-ann

De la destruction à la résurrection. Barthélémy Toguo, la star camerounaise de l’art contemporain, présente jusqu’au 6 novembre « Déluge », une douzaine de peintures tandis que sont disposés au sol 54 cercueils. Une exposition au Carré Saint-Anne de Montpellier où l’artiste nous livre sa vision des déluges qui s’abattent sur le monde d’aujourd’hui. Entretien.
 
RFI : On est ici au Carré Saint-Anne, une église néogothique désacralisée dans les années 1980. Travailler dans une église, est-ce que cela a un sens particulier pour vous, notamment quand on fait une exposition qui s’appelle Déluge ?
 
Barthélémy Toguo : Oui, c’est vrai. Le titre a une connotation biblique. Le déluge dans la Bible, c’est par rapport à tous les maux que l’être humain a commis. Et à la fin de ces maux, il y a un déluge par le feu, un déluge par l’eau. Et c’est le titre que j’ai voulu donner à cette exposition ici à Montpellier. Je suis Camerounais, je vis à Paris, je voyage dans le monde entier, et je suis très attentif à beaucoup de choses qui se passent aujourd’hui dans notre société : les attentats, les guerres ici par-là, le changement climatique. Nous vivons dans une situation où beaucoup de choses négatives se passent. Je pars de la mort du petit Aylan qu’on retrouve mort…
 
Aylan, c’est ce petit enfant syrien qui avait été retrouvé sur une plage turque en septembre 2015 et dont la mort avait bouleversé l’Europe entière.
 
Surtout l’image de ce petit enfant allongé sur la plage. Mais derrière cette image que j’essaye de peindre d’une manière furtive, je mets des barbelés, parce que l’origine de la mort d’Aylan, c’est quoi ? C’est parce que des peuples partent dans des situations de désespoir, de souffrance et veulent trouver un eldorado, veulent avoir une vie meilleure quelque part.
 
Quand on entre dans l’exposition, on est évidemment frappé par ces 54 cercueils. C’est une œuvre que vous aviez déjà présentée en 2011, mais pas de la même manière. Là encore, j’imagine que le faire dans une église, c’est complètement différent ?
 
Oui, je tenais à le montrer ici. Cette œuvre a été créée à Bafoussam par des menuisiers, transportée d’abord à Bandjoun, à l’ouest du Cameroun où je vis, et puis à Paris. J’ai voulu les réintroduire dans cette exposition, parce que ces 54 cercueils représentent une situation dramatique dans laquelle les Africains vivent au quotidien aujourd’hui. Du coup, j’ai décidé de faire fabriquer 54 cercueils qui représentent le continent africain qui est en train de mourir, qui est en train de partir. C’est trop. Ça devient trop. Ces 54 cercueils ont été présentés pour la première fois à la Biennale de Lyon. Ils ont eu un succès incroyable, inattendu. Ces cercueils reposeront les morts aussi de la Méditerranée. Je me suis dit qu’il fallait leur rendre hommage dans cette chapelle à Montpellier parce que ces jeunes n’ont pas eu vraiment de véritables funérailles. C’était important de célébrer leurs funérailles.
 
Après ce dont on vient de parler - du déluge, des morts, des changements climatiques - on pourrait s’attendre à une exposition très sombre. Mais ce n’est pas le cas parce que, après le déluge, il y a la résurrection, il y a ces éléments végétaux. Vous pouvez nous en parler ?
 
Je ne pouvais pas exprimer juste la dimension négative du déluge. J’ai voulu y mettre de l’espoir par la célébration de la vie retrouvée après le déluge par ces plantes.
 
Ces plantes sont installées sur les colonnades de l’église, au-dessus des cercueils, comme si les âmes s’élevaient vers le ciel ?
 
C’est la résurrection simplement. C’est la vie, retrouver l’espoir d’une vie nouvelle, d’une vie meilleure.
 
Qu’est-ce qui va vous occuper ces prochains mois ? J’imagine que le prix Duchamp va être un évènement majeur pour vous cette année ?
 
C’est l’évènement que la France et le monde entier attendent à la rentrée prochaine au mois d’octobre, le prix Marcel Duchamp. Je suis nominé parmi les quatre concurrents [les candidats nominés pour le prix Marcel Duchamp 2016 : Kader Attia, Yto Barrada, Ulla von Brandenburg et Barthélémy Toguo, ndlr] et j’ai décidé de travailler sur le sida et sur Ebola qui sont des fléaux et des virus qui secouent le monde entier. Moi, je suis déjà allé travailler un mois à l’Institut Pasteur à Paris avec les scientifiques. Et je vais utiliser leurs recherches pour faire de la création, pour faire de l’art. Je veux vraiment rendre hommage à la recherche, aux scientifiques, aux chercheurs de l’Institut Pasteur et à la médecine tout entière.

 

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