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Pédophilie: après des propos ambigus, un évêque français demande pardon

Pédophilie: après des propos ambigus, un évêque français demande pardon

Source : http://www.rfi.fr/france/20160407-france-eglise-catholique-pedophilie-condamnation-barbarin-lalanne

Mardi 5 avril, sur l'antenne de RCF (Radio Chrétiennes Francophones), l'évêque de Pontoise a eu du mal à qualifier la pédophilie de «pêché». L’hésitation de monseigneur Lalanne a provoqué la réaction immédiate de plusieurs auditeurs et relance la polémique, alors que l'église française est visée par un scandale de non dénonciation d'actes pédophiles. Mgr Stanislas Lalanne a finalement demandé pardon ce 7 avril «à tous ceux» qu'il a pu choquer.
 
Dans sa matinale du mardi 5 avril, RCF consacre une émission à l'église et la pédophilie. Pour cela, elle a invité Stanislas Lalanne, évêque de Pontoise et chargé, en France, de la question. « La pédophilie est un mal. Est-ce que c'est de l'ordre du péché ? Ça, je ne saurais pas dire, c'est différent pour chaque personne »,  déclare l’évêque.
 
La condamnation de l’acte est claire. Il ne s’agit donc pas, de la part de monseigneur Lalanne, d’une apologie de la pédophilie. Mais l’évêque semble (dé)placer le débat sur le terrain de la théologie, évoquant le « clivage de personnalité » qui existe chez les pédophiles et assurant que « la partie saine n’a pas la conscience de ce que fait l’autre partie ». « Quand on parle de péché, il faut reconnaître le mal qui est accompli », affirme Stanislas Lalanne.
 
Un débat dans lequel un certain nombre d'auditeurs de la radio catholique ont refusé d'entrer, au premier rang desquels Jeanne, qui se présente comme une « dame âgée » et qui s'est emportée contre les propos de l'évêque. « Il y a des décennies, on nous disait, au catéchisme, que la masturbation c’était l’enfer, un péché mortel, la luxure, l’un des péchés capitaux. Moi je vous dis : [la pédophilie], c’est un péché grave car on met toute une vie à s’en remettre... Il faut appeler un chat, un chat. »
 
Un communiqué puis des excuses de l'évêque de Pontoise
 
 
Après Jeanne, les réactions se sont multipliées, à l'antenne de RCF et ailleurs. A tel point que mercredi 6 avril, dans la soirée, l'évêque de Pontoise a fini par revenir sur ses propos et a déclaré : « La pédophilie, dans tous les cas, est un péché objectivement grave, un crime atroce qui offense Dieu et blesse la dignité de la personne humaine créée à son image ».
 
Le ministère de l'Education nationale lui demande «de lever toute ambiguïté». L'évêque de Pontoise demande finalement pardon, ce 7 avril, à ceux qu'il a pu choquer : « Si j'ai pu blesser tel ou tel par des propos qui n'ont pas été compris, je leur demande pardon ».
 
Une communication de l'Eglise qui choque
 
La Parole libérée (cette organisation fondée par les victimes d'un prêtre pédophile de la région lyonnaise et qui accuse l'archevêque de Lyon, monseigneur Barbarin, d’avoir su mais de n'avoir rien fait) avait vivement dénoncé « la maladresse et l’amateurisme de la communication de l’Eglise de France » sur la pédophilie. Il faut dire qu'il y a moins d'un mois, le 16 mars dernier, le même archevêque de Lyon déclarait, devant des journalistes : « Grâce à Dieu, les faits sont prescrits » à propos de l’affaire du prêtre Bernard Preynat. Décidément, l'église catholique française semble avoir bien du mal à condamner la pédophilie en termes clairs. Ce qui n'est pas le cas dans d'autres parties du monde, notamment aux Etats-Unis où l'église catholique a fait son mea-culpa et condamné la pédophilie dans les termes les plus clairs, certes dans la douleur au terme d'un scandale aux proportions gigantesques.
 
Mais l'attitude de l'église française est d'autant plus étonnante qu'au sommet de la hiérarchie catholique, la condamnation de la pédophilie ne date pas d'hier. En 2002, Jean Paul II la qualifiait de « péché épouvantable », Benoît XVI avait évoqué les « péchés de l’Eglise » et l’actuel pape, François, a parlé à plusieurs reprises de « péché grave » et de « monstruosité ». Rien ne semble pouvoir expliquer le décalage qui persiste entre l'Eglise et la France, sa « première fille ».

 

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