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Messagerie surveillée: le grand exode des internautes coréens

Messagerie surveillée: le grand exode des internautes coréens

Source : http://www.rfi.fr/asie-pacifique/20141013-coree-du-sud-internet-messagerie-surveillee-grand-exode-in

Les internautes sud-coréens partent en «cyber-exil». Depuis que le gouvernement de Séoul a déclaré partir en guerre contre les fausses rumeurs qui circulent sur les messageries smartphones, les Sud-Coréens quittent en masse une application de messagerie coréenne au profit d’une application similaire, mais basée en Allemagne, et qui offre de meilleures fonctions de protection de la vie privée.
 
Cette « cyber-exode » a commencé mi-septembre, quand la présidente sud-coréenne Park Geun-hye a ordonné à ses procureurs de mettre fin aux fausses rumeurs et aux insultes à son égard sur les réseaux sociaux. Ces rumeurs « vont trop loin et divisent la société », a-t-elle précisé.
 
Des sanctions ont été promises contre tous ceux qui publiaient ou faisaient suivre de fausses informations - y compris sur leurs messageries. Un politicien de l’opposition a ensuite affirmé que des enquêteurs avaient obtenu l’accès à ses conversations sur smartphone, avec ses 3 000 contacts.
 
Ces conversations, pour beaucoup, avaient eu lieu sur Kakao Talk, qui est l’application de messagerie dominante en Corée. Elle est présente sur 90 % des smartphones et compte 35 millions d’utilisateurs. Ceux-ci, inquiets pour leur vie privée, ont décidé de partir en « cyber exil ». Kakao Talk a perdu 400 000 utilisateurs en une seule semaine.
 
Recours à une application de messagerie allemande
 
Il s'agit d'une messagerie baptisée Telegram, qui a vu en seulement 7 jours 1,5 million de Coréens la télécharger. Ce chiffre est d’autant plus spectaculaire qu’il n’existait alors pas de version coréenne. Cette application traduite en coréen a alors été publiée en urgence.
 
Telegram offre des fonctions très avancées de protection des conversations. Celles-ci sont cryptées avec une clé que l’entreprise ne possède pas, c’est-à-dire que même si on l’obligeait, elle ne pourrait pas donner le contenu des conversations à des procureurs. On peut aussi mener des « chats » qui s’auto-effacent au bout d’un certain temps.
 
De nombreux Sud-Coréens qui estiment avoir besoin d’échapper aux « grandes oreilles » de leur gouvernement, tels que les journalistes, les syndicalistes, les ONG progressistes, ou encore les professionnels de la finance, ont ainsi basculé en masse sur Telegram.
 
La réaction de Kakao Talk 
 
C’est la panique ! L’entreprise coréenne a annoncé en urgence une série de mesures. Elle a promis qu’elle ne garderait les messages sur ses serveurs que trois jours au lieu de sept. Elle a annoncé un mode privé qui effacera les messages une fois qu’ils sont lus.
 
Mais ses serveurs sont en Corée. Kakao Talk ne peut rien de toute façon faire en cas de demande de perquisition ou de mise sous écoute. Il est difficile de prévoir si l’entreprise va réussir à rassurer ses utilisateurs et à stopper l’hémorragie. Mais, le phénomène montre déjà à quel point la protection de la vie privée est devenue une préoccupation majeure des internautes.
 
L’ironie de l’histoire, c’est que le gouvernement sud-coréen a lancé un plan très ambitieux de développement de « l’économie créative ». Mais avec sa campagne anti-rumeurs qui nuit à ses propres entreprises, il vient de se tirer une balle dans le pied.
 
 
 

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